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BLOG D’INFOS DU VALAIS TECHNOLOGIQUE, INDUSTRIEL ET INNOVANT

15.11.2021

Dossier électronique du patient et projets d’innovation: la situation en Valais

ACTUS

Le dossier électronique du patient (DEP) se trouve au cœur de l’actualité des derniers mois. En effet, de nombreuses interrogations demeurent au sujet de son adoption en Suisse. Les données contenues dans ce dossier sont extrêmement sensibles, alors comment faire confiance aux solutions numériques ? Cédric Michelet, responsable eHealth au sein du Service de la santé publique (SSP) du canton du Valais, apporte son éclairage sur la situation en Valais et dévoile les différents projets de digitalisation de la santé qui occupent le Service de la santé publique. 
 

Dans une prise de position, la FMH juge le DEP - dans son format actuel - trop complexe à gérer pour les patients et estime qu’il génère plus de travail que de bénéfices pour les médecins. Quel est votre point de vue ? Avez-vous déjà eu des retours d’utilisateurs ?
Il faut voir le DEP actuel comme une première brique sur laquelle viendra se construire la suite. En effet, nous sommes conscients que le DEP dans sa forme actuelle apporte une plus-value limitée pour les professionnels ; c'est pourquoi nous prévoyons déjà de déployer d'autres services à valeur ajoutée qui viendront s'appuyer sur les fondations apportées par le DEP. Nous pouvons par exemple citer le Plan de Médication Partagé (PMP) qui offrira la vue la plus à jour de la médication prise par un patient, ou le Plan de Soins Partagé (PSP) qui permettra de coordonner les interventions interprofessionnelles. Nous avons également déjà en production en Valais le service de Transfert qui permet des échanges directs de documents numérisés entre les professionnels et institutions de santé.

Du côté des patients, il faut toutefois relever que le DEP est déjà un grand pas en avant. Ces derniers ont depuis longtemps le droit d'avoir accès au contenu de leur dossier médical; mais jusqu'à maintenant cette démarche était compliquée, car il fallait demander personnellement à chaque professionnel de santé une copie de son dossier et l'obtenir sous forme de photocopies papier ou, au mieux, de fichiers gravés sur un CD. Le DEP amène une vision en temps réel d’une partie de ses documents, sans faire de demande particulière à chaque fois qu'on veut les consulter.

Il est clair que le DEP apporte des changements dans la relation entre le patient et les acteurs de la santé. Il y a bien sûr une plus grande transparence, qui permet aux patients de voir les échanges à son sujet et de peut-être mieux comprendre ou accepter les traitements qui lui sont proposés. Mais il ne faut pas négliger le fait que ceci peut également générer des difficultés pour les acteurs de santé comme la remise en cause de diagnostics quand un professionnel envoie un patient chez un confrère, ou l'afflux de questions suite à la non-compréhension de termes médicaux figurant dans des documents pouvant effrayer inutilement le patient. Cette autonomisation du patient (le fameux "empowerment") devra s'accompagner de mesures pour essayer d'améliorer la littéracie* en santé de la population en général.
(*littéracie = "compétences des individus à accéder, comprendre, évaluer et utiliser l’information de santé en vue de prendre des décisions concernant leur santé, de manière à maintenir ou améliorer la qualité de vie")
 

Comment abordez-vous la transformation numérique du secteur de la santé au niveau cantonal ? Pourriez-vous nous présenter quelques projets que vous avez initiés ou que vous suivez au sein du SSP ?
La cybersanté regroupe un large spectre d'activités. De plus, le Valais est évidemment une terre fertile dans ce domaine, que ce soient les projets menés par les instituts de recherche de la HES de Sierre, les différentes start-up du canton et bien évidemment le Digital Health Connect. Il y aurait énormément de thématiques à suivre et à essayer de valoriser. Malheureusement nos efforts au niveau du Service de la santé sont limités par nos ressources : nous ne sommes que deux collaborateurs sur ces thématiques. Par conséquent, nous devons pour le moment focaliser nos efforts sur un nombre restreint de sujets.

Évidemment il y a le DEP qui nous prend beaucoup de temps, ainsi que la mise en place des MIE pour nos concitoyens. Nous participons également activement au développement des futurs services qui seront offerts en complément du DEP. En parallèle nous continuons à faire évoluer et à assurer le suivi du service de Transfert, qui est en production depuis début 2014, et qui assure l'échange de documents médicaux numérisés entre l'Hôpital du Valais et environ 170 médecins en cabinets, pour un volume d'environ 8'000 documents par mois. Ce service, dont le canton du Valais a été pilote, sera déployé d'ici la fin du mois d'octobre 2021 dans les principales institutions vaudoises et d'ici la fin de l'année auprès des professionnels de terrain.

De plus, depuis quelque temps nous nous occupons également des problématiques liées au COVID-19. Nous devons, par exemple, gérer à notre niveau l'accès aux applications de génération des certificats pour l’ensemble des professionnels habilités du canton. Ceci occasionne une charge supplémentaire de travail.

Pour conclure, il existe un vaste potentiel de numérisation dans le domaine médical et ceci à tous les niveaux. Néanmoins, il faut toujours garder à l’esprit que l’informatique reste un outil au service des personnes ; il ne faut donc pas numériser des processus et introduire de nouvelles technologies pour le plaisir, mais au contraire pour simplifier la vie et améliorer le confort et la sécurité de la population et des professionnels. Le pragmatisme doit rester l'une des valeurs importantes qui nous guident.