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10.09.2019

Libéralisation de l’énergie : quels effets pour la Norvège ?

La 9e édition de l’Event Smart Energy avait pour mission d’amener les quelque 180 participants à la découverte du paysage énergétique norvégien. Et c’est avec Anne Vera Skrivarhaug, directrice énergie auprès du régulateur norvégien NVE, que le voyage a débuté ! En quelques mots, elle s’est attardée sur la libéralisation du marché de l’énergie en Norvège et des apprentissages qu’elle a pu en tirer. 

Dans le domaine de l’énergie, la Norvège est un véritable pionnier ! Alors que l’Europe construisait son système énergétique autour du charbon et du pétrole, la Norvège se tournait vers l’hydraulique. En 1911 déjà, la première centrale hydraulique norvégienne voyait le jour. Aujourd’hui, l’énergie hydraulique représente 91% des sources d’énergie norvégienne, suivie par l’énergie éolienne (9%) et l’énergie fossile (2%). Le pays compte près de 1600 installations électriques et plus de 1000 réservoirs d’eau, qui produisent un total de 140 TWh d’électricité. « Le 75% de cette capacité est flexible et certains grands réservoirs d’eau permettent des stockages d’une année à l’autre », précise Anne Vera Skrivarhaug. 

La Norvège est également le premier pays européen à avoir libéralisé son marché de l’électricité, et le premier pays au monde à mettre en œuvre cette libéralisation. 
 

L’importance de l’Energy Act of 1991 
Concrètement, la loi sur la libéralisation de l’énergie, l’Energy Act of 1991, a été adoptée par le parlement en 1990 et implémentée très rapidement, dès 1991. Celle-ci répondait à 3 objectifs principaux : améliorer l’efficience de l’industrie, assurer une gestion plus efficace au niveau des coûts et assurer l’approvisionnement énergétique national. 

Avant 1991, le système énergétique était caractérisé par quelques monopoles locaux, qui fournissaient le consommateur final. « Le prix était fixé par le gouvernement et défini par un calcul à long terme d’après le coût de revient. Il dépendait du lieu d’habitation du consommateur final », explique l’intervenante. Depuis la libéralisation, le prix de l’électricité a passablement fluctué, notamment en lien avec la pluie et les chutes de neige. « Dès lors, ce dernier dépend de l’approvisionnement et des réserves ». 
 

Deux crises pour « tester » l’efficacité d’un marché libéralisé 
Depuis la libéralisation, le marché de l’énergie norvégien a connu deux crises. En 2002, la Norvège est entrée dans une année sèche et les prix de l’électricité sont montés en flèche. Cependant, les politiques ne sont pas intervenus, ce qui a permis au marché de s’autoréguler. « Ce fut un énorme test et le système a fait ses preuves », détaille Anne Vera Skrivarhaug.  

En 2010, alors que les centrales nucléaires suédoises avaient une capacité réduite et que les pays nordiques étaient touchés par un hiver particulièrement froid, la demande en énergie a atteint des sommets. Le prix grimpe jusqu’à un euro le kWh, ce qui a fait diminuer la demande. Finalement, « à chaque fois qu’il y a une telle crise, il reste assez de flexibilité pour réagir. Et ça fonctionne, le marché se régule sans intervention. » 
 

Un consommateur désormais prosommateur ! 
Depuis la libéralisation du marché de l’énergie, seuls 21% des consommateurs norvégiens ont choisi de changer leur fournisseur. Aujourd’hui, 68% des ménages sont alimentés par un fournisseur local. « Nous pensons que cela va changer avec l’installation de compteurs intelligents dans les ménages, l’année passée. Le consommateur peut désormais contrôler son utilisation et visualiser le prix. » Avec cette installation, l’objectif est d’impliquer davantage le consommateur, afin qu’il devienne un véritable prosommateur. Différents fournisseurs locaux vont également dans cette direction et ont créé leurs propres applications, pour donner une information claire à leurs clients et leur permettre de mieux gérer leur consommation. 

Anne Vera Skrivarhaug conclut sa présentation en rappelant les avantages d’un marché libéralisé. « En résumé, il a fallu du temps pour développer le système, avoir suffisamment de liquidités et être stable, mais nous n’avons jamais douté que la dérégulation allait offrir un marché plus flexible, qui apporte de la valeur aux consommateurs. » Voilà ce qui attend peut-être le domaine de l’énergie suisse, ces prochaines années ! 

Découvrez l'interview d'Anne Vera Skrivarhaug dans la vidéo ci-dessous !

 

  

Propos recueillis le 30 août 2019 lors de l’Event Smart Energy 

 

 

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